Take or Make

En anglais, take a picture. Ou make là.
Traditionnellement, ça a toujours été take en anglais, et faire en français.

Mais on s'anglicise.
Et on prend une photo.

Je crois que l'on peut diviser l'ensemble de la photographie en deux catégories.
Oublie argentique/digital.

C'est take/make.

Prendre une photo.
La voler. Un peu péjoratif comme mot.
Surtout avec notre histoire de droit à l'image.
Prendre une photo, c'est la faire sur le fly. Un snapshot. Une photo documentaire traditionnelle.
Photojournalisme, reportage.

Faire une photo, c'est stager une shot.
Un portrait.
La mode. Les affaires de macro.
Sortir son kodak et faire une photo de famille où tout le monde dit cheese et personne a les yeux fermés.

Normalement, on s'attend d'une photo faite qu'elle soit parfaite techniquement.
On pardonne plus facillement à la photo prise qu'elle soit hors-foyer, bougée. Cramée.

Je ne sais pas quelle méthode est la plus louable. J'ai longtemps juré que par la photo sur le vif.

Plus de sentiments, plus hardcore, plus vrai.

Tout devient flou aujourd'hui.
A moment of clarity me tombe dessus. Clartée moins dans lightroom mettons.

Les lignes se fondent l'une dans l'autre.
Le photojournalisme, bastion de la vérité, nous présente des photos de grip and grin stagé, la mode nous montre des photos de plus en plus sur le vif, même si le contexte est préparé.

La ligne entre le take/make se dissout et on perd nos repères.
Mais je crois que c'est une des plus grande possibilité créatrice depuis l'arrivée de la caméra transportable.

Je m'explique.
On a plus à se cantonner en mode à seulement au studio. On peut entrer dans la vraie vie.
On a plus à seulement faire du reportage de l'instant décisif.
On peut faire des reportages complètement stagés, mais qui dénonce quelque chose de beaucoup plus profond.

Je pense à ce shooting de mode en taxi où l'on voit les pieds de la mannequin qui sortent de la fenêtre, avec les icones de Londre à l'extérieur.
Je pense à ce reportage sur les bohémiens new-yorkais qui doivent parcourir des milles pour laver leurs vêtements.

Innovation.
Créativité.
Possibillités.

On va peut-être finir par se réinventer.

Take or make?

Olivier Sylvestre