Ôde au Rangefinder

Je suis photographe de rue. Je suis discret. J'essaie en tous cas.

"Avoir du tact c'est savoir jusqu'où on peut aller trop loin." - Jean Cocteau

Je ne sais pas qui est Jean Cocteau. Mais je sais que d'après lui j'ai du tact.

Parfois je suis trop direct. Sur la rue et un peu partout.

Parfois je m'efface.

C'est la vie.

Je prends. Je capture les instants. En public.

La Street Photography a été bâti par les maîtres du genre. Cartier-Bresson, Elliot Erwitt, etc.

C'est d'arrêter le temps. C'est raconter une histoire. C'est transporter. C'est de l'art. C'est en noir et blanc. C'est sur du film. C'est fait avec une caméra compacte. Sur laquelle on peut se fier. Un Rangefinder.

Il y en a qui vont me crier des noms, m'insulter. ''Encore un vendu à Leica!''

On me dit ça pour mon iMac en tous cas. ''T'es socialiste et t'achètes un ordi Apple!'' J'aime la souris.

Je n'ai pas les moyens pour un Leica. En tous cas, pas un neuf. J'aimerais en avoir un. Leica c'est la perfection.

Moi j'ai un Minolta CLE. Compact Leica Electronic.

C'est un rangefinder. Contrôle total. Un lightmeter génial. À la fin, c'est moi qui décide. Qui réfléchi. Pas ma caméra. Je ne sais même pas ce que c'est un mode scène. L'autofocus finit toujours par me faire sacrer.

Je suis capable de prendre des images avec mon obturateur à un quart de seconde et même à une demi seconde. À des niveaux de noirceur que n'importe quel utilisateur de Réflex aurait besoins d'un trépied. Parce que je n'ai pas de miroir qui fait vibrer la caméra.

J'ai un grand viseur. Avec des lignes pour me dire quel est mon champs de vision. Un viseur grandiose. Une fenêtre sur le monde.

Je vois mes photographies pendant l'exposition. Mon viseur de ne devient pas noir pendant la photo. Je sais si j'ai réussi ou pas. Je le sens. C'est dans mes tripes.

Je vois les gens entrer et sortir de mes photographies. Tout est dans l'expérience de voir.

C'est une révélation.

Mes objectifs sont compacts. Mon équipement est minuscule.

Une caméra, un objectif. Un sac avec mes trucs que je garde toujours près de moi. Mon carnet, deux ou trois stylos, un livre et des rouleaux de film.

Plusieurs rouleaux. Noir et blanc. Du Kodak Tri-X si ça vous intéresses.

Et il y a moi.

Un photographe, son âme et une caméra.

Discret, mais exposé. Seul dans la fosse aux lions. Parfois j'ai la chienne.

Je suis heureux.

J'essaie de faire de l'art. D'est ''Visual Poems'' - John Free.

En passant, respecte toujours ceux que tu prends en photo. Aime ce que tu photographies.

Personne ne sera au courant. Personne n'est à ta place.

Mais tes images seront toujours mieux si tu aimes ton sujet.

Le but de la photographie de rue n'est pas d'humilier les autres. Le but, c'est de transporter.

Je crois sincèrement que ça a été une erreur pour l'humanité d'avoir foutu des caméras qui peuvent prendre des photos à l'infini, sans limites, dans les téléphones et dans les iPods. En plus de ça on peut les envoyer à des millions de gens en moins d'une seconde. Combien ont été humiliés à cause de ces bébelles là? Certains en sont mort. Pas tous, il y en a qui sont juste malchanceux et on a fait des drôles d’associations. Mais certains sont morts.

On veut véhiculer une émotion, merde. Pas rire des autres.

En plus la qualité de ces caméras là me fait vomir. Je préfère une Holga, toute en plastique, même l'objectif, qu'un cellulaire. Bon dieu. Au moins la Holga a du charme. Le cell a des pixels.

Une photo peut faire sourire. Mais parfois ça me donne mal au coeur, ceux qui prennent en photo des gens maganés.

Sans compassion.

Les couleurs sont distrayantes. Je vois en couleur. Je veux être transporté. Je ne veux pas voir ce que je vois toujours. On voit tous les couleurs de façon différente.

Pas que l'on soit tous daltoniens. Eux ils sont pires. Mais mon pourpre de terre grasse est différent du tiens.

On voit tous les niveaux de gris de la même façon.

La photo de rue est en noir et blanc. Ça nous met sur un pied d'égalité.

Et c'est plus poétique.

Et ça avec un appareil silencieux, petit et discret. Pour ne pas influencer.

Un Rangefinder.

Je sais que je suis chiant avec mes rangefinders. Si vous ne me comprenez pas, c'est que vous n'avez jamais vraiment essayé.

Un réflex, c'est bon pour le studio, les zooms, les portraits dirigés, le sport et les fleurs. On a déjà parlé des fleurs et des coccinelles.

On n'utilise pas de zoom sur la rue. Les télescopes, c'est pour les étoiles. Parce qu'elle ne sont pas accessibles. On se brûlerait si on était trop près.

On utilise un 35mm ou un 50mm sur la rue. Un 40mm si on a le bon appareil pour. C'est au choix. Certains y vont avec des grands angles. Pas trop par pitié. On photographie des gens, pas des édifices. Je n'aime pas les photos déformées. Vous aimeriez vraiment avoir un gros nez sur une photo?

On utilise des objectifs standards. Polyvalents. Des objectifs qui nous jettent au milieu de l'action. Monté sur un rangefinder.

Robert Capa a été sur le front avec des focales courtes comme ça. Et tu as peur d'aller vers des inconnus dans un pays où le port d'arme est interdit?

Fais moi rire.

Olivier Sylvestre, le Chat de Gouttière